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Aujourd’hui, on se penche sur un sujet particulier, un sujet qui porte au débat, un sujet étudié
depuis fort longtemps pourtant encore quelque peu mystérieux : l’effet placebo.

L’effet placebo, on en a tous entendu parler. Si l’on essaie de le définir, on dirait qu’il s’agit d’un effet subjectif – mais réel – produit sur une personne par un concept ou par la prise d’un médicament n’ayant pas d’efficacité propre ou d’effet thérapeutique intrinsèque.

En fait, même les médicaments aux effets thérapeutiques prouvés sont dotés d’effets placebo. Vous souffrez d’une grosse migraine, vous vous jetez sur votre boite d’aspirine et au bout de quelques minutes, votre mal de tête s’estompe déjà.

Et bien permettez-nous de vous dire que l’aspirine n’y est pour rien, car elle est toujours dans votre estomac et ne s’est pas encore dissoute dans votre organisme pour venir calmer votre mal de crâne. Vous vous sentez pourtant déjà mieux… C’est l’effet placebo !

Le fameux « bisou magique » que l’on donne à un enfant venant de tomber et qui le fait arrêter de pleurer… Ça aussi, c’est un effet placebo.

L’effet placebo n’a pourtant rien de « magique »

L’effet placebo découle en fait de la croyance « du malade » en l’efficacité du médicament qu’il ingère ou le procédé de soin qu’il reçoit. Mais l’effet placebo n’a rien de « magique » en soi.

C’est cette foi et confiance dans le soin qui déclenche, au sein du cerveau de celui qui reçoit le traitement, la sécrétion d’endorphines.

Endorphines : les hormones du bonheur

Il s’agit de molécules créées dans certaines zones du cerveau et plus particulièrement par
l’hypothalamus. Des molécules, en somme, générées par votre propre organisme. Une fois fabriquées, elles viennent se placer sur des récepteurs afin de libérer leurs bienfaits, des effets antalgiques comparables à ceux de la morphine !

Ces endorphines (libérées également lorsque l’on mange du chocolat, que l’on fait du sport ou après avoir passé un moment intime sous la couette) sont alors à même de soulager la douleur et divers autres symptômes.

L’effet placebo serait donc la conséquence biochimique d’une croyance symbolique. Une idée, produite par l’esprit, agissant sur le corps physique. La promesse d’un rétablissement améliorant l’état du corps.

Place à l’étude concrète

Vous parler de « bisou magique » ne serait que survoler le sujet du placebo. Parlons plutôt étude médicale et chiffres. Le British Stomach Cancer Group mena en 1983 une expérience sur 411 personnes atteintes de cancer, expérience dans laquelle il leur a été présenté et administré un nouveau traitement de chimiothérapie. Avant l’administration, l’institut leur a expliqué qu’il était probable que ce médicament leur fasse perdre leurs cheveux et qu’il génèrerait probablement des nausées.

Au lieu de recevoir un « vrai médicament », les patients ont ingéré un substitut ne contenant aucune substance active, autrement dit, un morceau de sucre. Résultat ? Plus de 30% des personnes à qui l’on avait donné ce morceau de sucre ont bel et bien perdu leurs cheveux, et 56% d’entre eux ont eu des vomissements.

L’effet nocebo

Ici, il s’agit en fait de l’effet nocebo. Comprenez par-là que l’effet de la pensée peut aussi nuire au corps, l’étude présentée ci-dessous mettant en exergue que si le patient a conscience des effets secondaires éventuels, ils peuvent se déclarer.

Bon nombre d’expériences de la sorte ont été menées sur ces 50 dernières années et toutes tombent d’accord sur le fait que l’effet placebo et l’effet nocebo sont bel et bien réels.

L’effet lessebo

Si l’on vous parle de l’effet nocebo, il convient aussi de mentionner l’effet lessebo. L’effet lessebo est basé sur la crainte des patients de recevoir un placebo, crainte pouvant alors diminuer l’effet de la thérapie évaluée dans une étude. Quand on vous dit que se pencher sur l’effet placebo n’est pas une mince affaire, vous comprenez alors pourquoi !

Effet placebo et industrie pharmaceutique

Il est à noter qu’avant qu’un nouveau médicament ou traitement puisse être mis sur le marché et proposé au grand public, celui-ci doit d’abord passer des contrôles et des tests
rigoureux. Parmi ces tests, on compte l’essai randomisé réalisé en double aveugle.

On administre à une partie des patients participants à l’essai clinique le médicament qui doit être évalué, et à l’autre partie des malades, un placebo (un morceau de sucre, de la mie de
pain enrobée, etc.).

On parle alors d’étude en double aveugle lorsque ni les patients ni les médecins responsables du test ont connaissance du groupe ayant reçu le vrai médicament et celui ayant reçu le placebo. Seule la personne responsable de cet essai a connaissance de ces informations permettant de définir l’efficacité du dit médicament.

Car pour être considéré comme efficace et pour pouvoir être mis sur le marché, tout nouveau médicament doit prouver un effet supérieur à l’effet placebo.

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Les médecines alternatives sont-elles des placebos ?

Question épineuse, souvent soulevée et visant peut-être à décrédibiliser les médecines alternatives comme l’ostéopathie, l’hypnose, l’acupuncture, la phytothérapie ou encore
l’homéopathie, mais là n’est pas le sujet de cet article.

Nous désirons simplement soulever qu’il est aujourd’hui extrêmement compliqué de tester ces médecines complémentaires contre le placebo. Nous savons que le placebo est utilisé pour mesurer l’efficacité d’un médicament, mais lorsqu’il s’agit de thérapies manuelles, les choses se corsent, ce n’est pas aussi simple que de remplacer un médicament par un morceau de sucre.

Thérapies manuelles et effet placebo

Chaque praticien a ses propres techniques, les médecines alternatives ou manuelles regroupent une si grande variété de pratiques ! Aussi, chaque corps est différent, chacun a ses propres réactions, son propre mode de pensée.

Ostéopathie et effet placebo

Dans le cas de l’ostéopathie par exemple, les soins prodigués par l’ostéopathe prennent en compte le corps dans son ensemble. Manipuler une zone peut avoir un impact sur une autre. En ce sens, toute intervention ou manipulation peut engendrer des résultats sur l’organisme. Il est alors extrêmement délicat de mesurer l’effet placebo dans les thérapies manuelles.

La dimension subjective

Pour Bruno Falissard, pédopsychiatre et coordonnateur de nombreuses expertises sur les médecines complémentaires, cette comparaison systématique des médecines complémentaires avec le placebo fausse le débat et il faut revoir les modes d’évaluation indique-t-il dans un rapport de l’INSERM de 2015 au sujet de l’hypnose : « La biologie n’explique pas tout. Il faut développer des méthodes intégrant la dimension qualitative, le ressenti du patient. »

Cela tombe sous le sens, l’effet placebo dépendant essentiellement des attentes de la personne malade, il y a une dimension très importante à ne pas négliger alors : la dimension subjective.

D’ailleurs, il est souvent énoncé que l’efficacité de l’effet placebo avoisine les 30%. Ce chiffre semble être une évaluation grossière, un chiffre obsolète, ne tenant que très peu compte du contexte, du trouble à traiter ou encore de la relation patient-praticien.

« Il faut y croire pour que ça marche ! »

Combien de fois avez-vous entendu cela ?

Si l’effet placebo est si discutable, variable et difficile à étudier, c’est aussi parce qu’il dépend de nombreux facteurs contextuels. Premièrement, les croyances, les connaissances, et les perceptions qu’a le patient du traitement. Mais aussi de la confiance accordée au praticien lui délivrant le traitement !

Le pouvoir de la suggestion

Dans une étude visant à évaluer l’efficacité de l’effet placebo dans le traitement de l’ulcère
gastrique, deux groupes de patients ont reçu le même placebo présenté comme un nouveau médicament efficace. Comprenez ici que les deux groupes ont reçu un cachet sans principe actif.

Ce cachet fut délivré au premier groupe par un médecin, au second groupe par une infirmière. Les résultats favorables ont atteint 70 % dans le groupe ayant reçu le cachet par le médecin. Seulement 25 % pour le groupe ayant reçu le médicament par l’infirmière. Incroyable n’est-ce pas ? C’est le fameux « effet blouse blanche ».

Ici donc, ce n’est pas tant le fait de croire qu’un médicament peut soigner qui soulage les
symptômes, mais bel et bien la personne ayant fait la « suggestion » et ayant administré le médicament.

La manière de communiquer

Si la personne administrant le soin peut induire l’effet placebo de par son statut (infirmière VS médecin), le mode de communication, qu’il soit verbal ou non verbal, peut également fortement biaiser l’effet placebo.

La relation patient-praticien a en effet toute son importance dans l’effet placebo ! Un praticien pratiquant une écoute active, encourageant le patient vers la rémission, usant d’un vocabulaire plus simple que le jargon médical et adapté au patient (et usant parfois d’humour) vient augmenter l’effet placebo.

Aussi, il a été remarqué que l’utilisation de messages et de mots en rapport avec l’effet antalgique et le soulagement des maux se trouve être particulièrement importante dans le processus de guérison. Ainsi, les phrases du type « cette manipulation est efficace pour réduire la douleur » sont particulièrement intéressantes, en veillant toutefois à ne pas leurrer le patient.

Bien sûr, le non verbal (les gestes, l’expression faciale, la posture) du praticien aura aussi toute son importance.

Autres facteurs induisant l’effet placebo

La ponctualité du médecin ou du praticien et l’atmosphère du cabinet, qu’il s’agisse de sons, de décoration (plantes, tableaux, sculptures) d’odeur ou encore de lumière (nous préférons naturellement la lumières jaunes, apaisantes, la lumière blanche à reflets bleus, quant à elle, peut avoir un effet trop « clinique ») ont toute leur importance.

Il est à noter enfin que la forme et la couleur du médicament (le rouge est perçu comme excitant, le bleu comme apaisant), le packaging et la publicité faite autour du traitement peuvent également fortement jouer sur l’effet placebo.

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Point sur les troubles psychosomatiques

En ce sens, si la suggestion, l’atmosphère et les pensées peuvent accélérer le processus de
guérison, vous comprendrez alors qu’elles peuvent aussi causer du tort au corps et à l’organisme.

Nous parlons beaucoup de l’impact que peuvent avoir le stress ou les chocs émotionnels sur l’organisme dans nos articles. Et pour cause ! Il s’agit de troubles dits psychosomatiques. On dit d’une maladie qu’elle est psychosomatique lorsqu’aucune origine organique
n’a été décelée, elle a donc une origine émotionnelle.

Plusieurs affections comme la fibromyalgie par exemple, sont déclenchées ou exacerbées par un choc émotionnel ou un niveau de stress élevé. Le système nerveux vient interagir directement avec le système immunitaire, se trouvant alors plus vulnérable.

Le cercle vicieux corps-esprit-corps

Il est à noter que cela est également vrai à l’inverse. Certaines maladies peuvent fortement
impacter le psychique et mettre le moral à dure épreuve. Et lorsque le moral
est au plus bas, il semblerait que cela ne favorise pas la rémission.

Il a été en effet révélé que les émotions négatives aggravent environ 90% les maladies et que plus de 50% des maladies traitées par les médecins sont psychosomatiques.

La vision harmonique du corps humain

Revenons alors aux médecines alternatives. Bien que toutes différentes, ces médecines partagent des concepts et des valeurs communes, une vision globale du corps, une prise en compte des interactions entre les différentes structures de l’organisme, une vision harmonique du corps humain. Des soins délivrés par un praticien bienveillant et convaincu de l’efficacité de ces pratiques.

Les médecines douces intègrent ainsi pleinement la complexité des interactions et des liens entre les mécanismes neurobiologiques et psychologiques. Des soins prodigués mobilisant les ressources internes du « malade », dans le but d’accroître l’efficacité du traitement. Et cela passe inévitablement par une bonne connaissance et une écoute attentive du patient.

Autant de points pouvant alors induire l’effet placebo, certes. Seulement, partant du principe que l’effet placebo se base sur la libération d’endorphines, il ne devrait avoir qu’un effet éphémère, de quelques jours… Alors comment expliquer que certaines médecines alternatives puissent soigner certains troubles et éviter leurs récidives ?

Au final, tant que ça marche

Sans vouloir en faire donc une vérité générale ou ouvrir un nouveau débat, les médecines
alternatives ont l’avantage d’être douces, non invasives, non médicamenteuses, et adaptées à tous les âges.

Peut-être profitent-elles de cet effet placebo ?

Pour conclure

Cet article n’a pas pour objectif de faire l’apologie des médecines traditionnelles et leurs efficacités. Nous désirons ici simplement exposer ici l’importance et l’impact que peut avoir
l’esprit et les pensées sur le corps. Une dimension à retenir dans toute prise en charge, qu’il s’agisse d’une prise en charge par la médecine traditionnelle ou par une médecine alternative.

Pour aller plus loin

Si l’impact que peut avoir l’esprit sur le corps est un sujet qui vous intéresse, envisagez la lecture du livre « La maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente » d’Émile Coué, psychologue et pharmacien français du 19ème siècle, défendant un concept en lien direct avec l’effet placebo.

Cabinet B - Ostéopathie

Une équipe d’ostéopathes diplômés au sein d’écoles agréées par le Ministère de la Santé

Cabinet B

Author Cabinet B

Cabinet d'ostéopathie à Toulouse, regroupant des ostéopathes aux spécialités diverses, tous animés par la volonté de créer une véritable relation de confiance avec leurs patients.

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